Voyelles de Rimbaud

Axes de lecture de Voyelles de Rimbaud

Le langage, comme matériau du poème

Les lettres dans le premier vers du poème sont énumérées par le poète. Le poète va opérer une description de la vie de ces voyelles, personnifiées.
Le poète se compare à un savant (“grand front studieux”) qui manie les voyelles avec art et qui crée la poésie. C’est un alchimiste qui change le plomb en or. (voir de Rimbaud l’Alchimie du verbe et la lettre du voyant à ce sujet).
Le langage est une combinaison de lettres (ensemble graphique) et de sons (ensemble sonore), l’ensemble représentant une idée. Ainsi on peut faire une lecture du poème en s’attachant à faire les correspondances entre les lettres, leur sonorités et les images qu’elles évoquent. On peut également rappeler le vers de Gauthier , poète parnassien qui influence toute son époque. “Sculpte, lime, cisèle” la poésie tel le marbre.
Ainsi par exemple le “U” graphiquement évoque le cycle, et le tercet qu’il contient regorge d’assonances en “i” et évoque l’idée de sagesse. Rimbaud créé donc une poésie inouïe en révolutionnant le langage et sa symbolique habituelle. Rimbaud avec Voyelles annonce d’ailleurs le surréalisme au XXème siècle (penser à la fameuse comparaison d’Eluard : “la terre est bleue comme une orange”).

Structure du poème : les voyelles symbolisent des idées

Deux quatrains présentent des antithèses  le bas, la cruauté (A) et le haut immaculé  la pureté (E) et entre le haut et le bas. La cruauté est une réminiscence baudelairienne. On pense aux mouches et aux puanteurs cruelles qu’on lit dans “Une Charogne” et le rire cruel des lèvres belles peut renvoyer aux “Métamorphoses du vampire ». La femme sadique malmène le poète avec son rire sardonique.
Deux tercets qui sont plus ésotériques, plus intellectuels puisqu’ils décrivent la sagesse et la création poétique (U) et la fin des mondes avec le O (qui campe un récit eschatologique renvoyant à l’apocalypse, clôture du A, autrement l’alpha).
Blason 1er quatrain ; “corset” /2ème quatrain ; “les lèvres”/ 1er tercet ; “front”/ 2ème tercet ; “yeux”

 

Les correspondances

Si Baudelaire établit ses correspondances plutôt autour de l’idée de parfum, Rimbaud  s’attache à l’idée de couleurs. On peut travailler sur le couplage couleurs, parfums, son présent dans ce poème.Le Noir représente la mort tandis que le Blanc représente la clarté. Il y a donc une opposition entre pureté / candeur et cruauté : c’est un jeu d’opposition sémantique / de couleurs.Rejet strophique (v. 4-5) qui représente une nuance entre la noirceur du noir de la lettre A et la pureté et la clarté du blanc de la lettre E.Rimbaud est un iconoclaste puisqu’il casse les images et ne respecte pas l’ordre des voyelles.Cela ramène à un côté Baudelairien avec les vers 3/4 : renvoi au poème de La CharogneIl joue avec les 5 sens (odorat, touché, ouïe, goût, vue). Ce poème est équivoque.

“Suggérer plutôt que dire.” Le lecteur devient l’interprète.

L’opposition quatrains / tercets avec un côté sombre et un côté clair. Les tercets sont mystiques et renvoient à ce qui est sacré. Le dernier tercet a une teneur allégorique puisque beaucoup de mots commencent par une majuscule dans celui-ci ce qui renvoie une fois de plus au sacré et aux cieux. Le second quatrain a un coté colérique/agressif puisqu’on retrouve une allitération en R (vers 7). On retrouve une assonance en I dans le second tercet, une allitération en V (vers 9) qui crée un vibrement, et une allitération en P (vers 10).
La couleur Vert évoque le calme, le Rouge la violence et le Bleu le divin.
Une métaphore aux vers 10/11 : les animaux dans les pâtis sont comparés à des rides sur un front ; le savoir rend apaisé, calme.

Le terme alchimie renvoie à son travail sur le poème. Ce terme est très important puisqu’il revient à l’essence de ce texte. L’utilisation de beaucoup de mots “compliqués” dans le but de se moquer des parnassiens. Pour autant, Rimbaud adore utiliser ce genre de mots. Le côté divin de la fin du dernier tercet ramène à une notion de fin du monde avec l’omega (dernière lettre de l’alphabet) qui renvoie à l’apocalypse. Vocabulaire renvoie aussi à l’apocalypse, la couleur violet renvoie à la fin des temps. Opposition entre strideur et silence. Dernière semi-voyelle : Y, qui constitue le dernier mot du dernier tercet.