Vitesse, technique et société

Vitesse et rythme de vie

La vitesse au cours de l’histoire des hommes n’a cessé d’évoluer. Dans le Vème siècle athénien, la vitesse correspondait à la rapidité à laquelle le marathonien parcourait les 42 km de l’épreuve.  Au moyen-âge la vitesse se mesurait à l’aune d’un parcours à pied ou à cheval. Au XIXème siècle, vitesse rime avec machine à vapeur : la révolution industrielle instaure la vitesse des machines à combustion. La vitesse à laquelle on se déplace change les rapports humains. Au XXème siècle l’invention de l’avion réduit drastiquement avec le dépassement du mur du son l’espace qui nous entoure.

Les nouvelles technologies ces dernières années ont accéléré drastiquement la vitesse à laquelle les individus vivent leur existence . D’un point de vue administratif, par exemple, tout va plus vite du fait de l’immédiateté des formalités administratives qu’on remplit quand on devait envoyer un courrier avant les années 1990.
Le télé-travail a fait son entrée dans la vie des employés qui brise la rupture entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Ainsi le travailleur vit dans l’urgence de la tâche à accomplir qui n’attend plus le lendemain. D’un point de vue sociologique, on constate un goût ces dernières années pour la méditation. On pratique un recentrement sur soi et met en avant un éloge de la lenteur pour contrecarrer cette avancée technologique contreproductive pour l’homme.
On peut citer pour aller dans le sens de l’éloge de la lenteur un exemple intemporel : la fable du lièvre et de la tortue de La Fontaine au XVIIème siècle qui montre qu’il faut se hâter lentement pour arriver à destination. On peut citer également un auteur plus contemporain du XXème siècle, Milan Kundera dans son court roman La Lenteur écrit en 1993 défend la thèse suivante : La thèse développée dans La Lenteur est que l’homme moderne, par une fascination pour la vitesse, délaisse les vertus de la lenteur. La lenteur est pour Kundera un moyen de sauvegarder la mémoire et donc, l’homme oublie.

Focus sur une oeuvre : Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, 2019

Sylvain Tesson, journaliste et aventurier, après avoir parcouru le monde, tente une nouvelle aventure, parcourir la France du sud-est au nord-ouest sans jamais emprunté des routes civilisées. Il leur préfère les chemins noirs loin des autoroutes et ronds-points de centres commerciaux à la périphérie des villes. Il mettra ainsi à pied plusieurs mois à traverser la France, célébrant la lenteur, la contemplation de la nature et la déconnexion. 

Vitesse et déplacement

La vitesse a toujours fasciné les individus. On assimile la vitesse à l’épique, au besoin d’aventure et de dépassement des hommes. Ainsi dans le sport, la vitesse est une valeur positive qui est à mettre en relation avec l’idée de puissance. On citera dans l’imaginaire collectif deux coureurs du très convoité 100 m Usain Bolt qui déteint le record de monde de vitesse. On citera également Ayrton Senna, Sébastien Loeb ou Michael Schumacher dans la discipline des sports mécaniques.  Les valeurs liées à la vitesse dans le sport sont principalement liées au dépassement de soi et la recherche d’une victoire. 

Vitesse et temps

La vitesse est intrinsèquement le rapport entre l’espace et le temps. On mesure la vitesse en faisant le rapport entre le temps écoulé et l’espace parcourue.
Albert Einstein, prix Nobel de physique en 1921, révolutionne la conception du monde grâce à sa théorie de la relativité restreinte. Il montre, que si un homme dépasse la vitesse de la lumière, le temps s’écoulerait moins vite que pour un autre homme resté sur Terre. Cependant, la vitesse de la lumière qui équivaut à 300000 km/seconde est pour Einstein indépassable car c’est la  vitesse maximale des particules sans masse (comme les ondes, à savoir par exemple la lumière ) dans l’univers. 

La théorie de la relativité a donné dans la littérature et le cinéma beaucoup d’oeuvres de science-fiction qui questionnent les phénomènes de distorsion du temps. Les films qui s’en inspirent ne gardent que le concept de distorsion temporelle pour jouer avec le concept de voyage dans le temps en oubliant la rigueur scientifique du concept. On citera le très populaire Retour vers le futur de Robert Zemeckis en 1985. Dans ce film, il faut dépasser une certaine vitesse et un certain niveau d’énergie pour sauter dans une autre époque.  Plus récemment Interstellar de Christopher Nolan explore à nouveau cette théorie sur le temps, sans pour autant garder le concept de vitesse.Un auteur avant-gardiste dans ce domaine reste H.G Wells qui écrit La Machine à explorer le temps en 1895, bien avant les théories d’Einstein. 

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