Les procédés favoris de Baudelaire

Procédés et outils pour analyser Les Fleurs du mal

Formes poétiques

Rondeau (« Réversibilité »)

Poème à forme fixe comportant treize vers et construit sur deux rimes, avec des répétitions obligées.

Pantoum (poésie d’origine malaise utilisée en France au XIXème à la mode orientaliste)

Voir « Harmonie du soir »

Poème à forme fixe, emprunté à la poésie malaise, composé d’une série de quatrains à rimes croisées, dans lesquels le deuxième et le quatrième vers d’une strophe sont repris par le premier et le troisième vers de la strophe suivante, le dernier vers du poème reprenant en principe le vers initial.

Blason : poésie qui fait l’éloge d’une partie du corps « Les Bijoux »

Sonnet : Poème de 14 vers, composé de 2 quatrains aux rimes embrassées, suivis de 2 tercets dont les 2 premières rimes sont identiques tandis que les 4 dernières sont embrassées (sonnet italien) ou croisées (sonnet français).

La Versification

Alexandrin

Hémistiche : moitié de l’alexandrin

Césure : coupe centrale du vers 

L’alexandrin suit ordinairement un rythme binaire et coupé par la césure à son hémistiche

Trimètre romantique : alexandrin en 3 parties (4/4/4) la césure disparaît pour laisser apparaître le rythme naturel de la phrase, tend à assouplir la forme de la poésie.

Tétramètre : alexandrin en 4 parties

« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » (Correspondances)

Autres mètres 

Vers de  4 (tétrasyllabe), 5 (pentasyllabe), 6 (hexasyllabe), de 7 (heptasyllabe), 8  (octosyllabe), 9 (ennéasyllabe) 10 (décasyllabe),11 (hendécasyllabe).

Les strophes

Les strophes correspondent aux paragraphes dans la prose et forment souvent un ensemble qui fait sens. 

Strophes de :monostiche (1), 2 (distique), 3 vers (tercet), 4 vers (quatrain), 5 vers (quintil),  6 vers (sizain), 7 vers (septain), 8 (Huitain), 9 (neuvain), 10 (dizain)

Les rimes

Les rimes peuvent être pauvres (1 son), suffisantes (2) ou léonines ou riches (3 ou plus)

La prosodie classique nécessite l’alternance des rimes féminines (par un e muet) et masculines (toutes les autres). 

Les strophes sont régies par une structure rimique : 

AABB (suivie)

ABAB (croisée)

ABBA (embrassée) 

Décompte des syllabes 

Décompte des syllabes en prosodie (musicalité des vers en poésie) : le e muet ne compte pas s’il est en fin de vers ou s’il est devant une voyelle ; il compte en revanche s’il est devant une voyelle. 

Prononcer deux voyelles ensemble : synérèse ; les prononcer séparément (en hiatus) en diérèse.

Rejet, contre-rejet et enjambement 

Rapport entre la syntaxe de la phrase et l’organisation des vers.

Rejet : 

« Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle,
Femme impure ! L’ennui rend ton âme cruelle. »

Contre-rejet : 

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme; l’Espoir,

Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. (Spleen IV)

Enjambement : 

« Trois mille six cents fois par heure, la Seconde 

Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix 

D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois, 

Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde » (l’Horloge)

Enjambement strophique : « Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie » (La Cloche fêlée)

FIGURES DE STYLE

La poésie, ce sont avant tout des images (« Ut pictura poesis » : la poésie est image, Horace)

Métaphore : exprime visuellement une idée sous la forme d’une image évocatrice de sens

« Le serpent qui danse » est la métaphore de la chevelure de la femme. 

Comparaison : fait un lien entre deux éléments (analogie)

« Tu répands des parfums comme un soir orageux » (Hymne à la beauté)

Allégorie : utiliser du concret pour dire l’abstrait, souvent repérable par une majuscule à l’initiale du terme allégorisé, proche de la métaphore et de la comparaison.

Ces trois figures sont au service de l’image dans la poésie. Elles permettent de dire le monde en poésie grâce à des images évocatrices pour le lecteur :

« Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : «  Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible » (l’Horloge)

Donner vie et figer les éléments du texte

Personnification, réification, animalisation et prosopopée

Personnification : attribuer à un animal ou une chose des caractéristiques humaines 

« Au détour d’un sentier une charogne infâme 

Sur un lit semé de cailloux, 

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique » (Une Charogne)

Réification : donner les caractéristiques d’une chose à un être vivant. 

« Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre » (la Musique)

Animalisation : « son gosier de métal » (L’Horloge)

Prosopopée : donner la parole à un absent, un mort ou à un être inanimé.

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles : 

« Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, 

Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, 

Un chant plein de lumière et de fraternité ! (L’âme du vin)

Ou l’intégralité du poème « la Beauté ».

Jouer sur le sens des mots (glissement sémantique) : Métonymie, antonomase, et synecdoque  dans le poème « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » 

antonomase : « Les pâles Boucher » le nom propre pour le tableau

métonymie : Un Granit :  la matière pour la sculpture

Rupture de construction 

Hypallage : « vastes oiseaux des mers » (L’Albatros) 

terme qui qualifie un autre que celui attendu.  (adjectif ou complément du nom le plus souvent)

Jouer sur la construction des phrases et créer du rythme

Parallélisme et chiasme : figures de construction qui sont au service de la structure du poème mettant en valeur une opposition ou une similitude

Parallélisme

« Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue !
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau ! « (l’Héautontimoroumenos)

Chiasme sémantique : 

« Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon » (le Balcon) 

Chiasme grammatical : 

Anacoluthe

« exilé sur le sol au milieu des huées, 

ses ailes de géant l’empêchent de marcher » (l’albatros)

Jouer sur le son des mots et créer un rythme (« ut musica poesis », Verlaine : la poésie, c’est de la musique)

Allitération, assonance et harmonie imitative

Paronomase

Anaphore : voir « Spleen IV » l’anaphore de la conjonction « quand »

Synesthésie : « Les parfums, les sons et les couleurs se répondent »(correspondances) 

Oxymore : « Fleurs du Mal » 

Gradation :

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, 

Défilent lentement dans mon âme; 

l’Espoir, Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique, 

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir (Spleen IV)

Antithèse : 

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils (l’ennemi)

Hyperbole : 

« Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle,
Femme impure ! L’ennui rend ton âme cruelle. »

Euphémisme : « La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse/ Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse »

Litote :

Périphrase : « ces rois de l’azur » (l’Albatros)

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