Le personnage doit-il être exceptionnel dans la Princesse de Clèves ?

« Le personnage de roman doit-il être exceptionnel ? »

Le sujet traite de la Princesse de Clèves. On peut faire allusion à d’autres œuvres si elles éclairent la lecture de la Princesse. Le sujet est une question fermée. Le plan dialectique n’est pas une obligation. Il faut juste se positionner sur le sujet en proposant une réflexion progressive en plusieurs parties et répondre à la question par oui ou non en conclusion. Le modal « devoir » devait orienter le candidat dans le sujet à traiter ce qu’on attend du genre romanesque. Nous traiterons le sujet en nous interrogeant sur les différentes acceptions du terme « exceptionnel » appliqué à la lecture de la Princesse de Clèves. Le dictionnaire indique deux sens à ce mot : « qui sort de la règle générale » ou « qui a une haute valeur particulière ». Le caractère exceptionnel d’un personnage est-il un critère obligatoire dans le projet littéraire de Madame de la Fayette ? Le terme « personnage » générique implique qu’on puisse traiter tous les personnages et non seulement l’héroïne. 

I. Le personnage romanesque dans la Princesse de Clèves est exceptionnel car le mot renvoie à l’idée d’extraordinaire, de ce qui n’est pas commun. Les personnages doivent être exceptionnels pour correspondre aux caractéristiques du genre romanesque au XVIIème siècle. 

1. comme dans la tragédie, les personnages romanesques sont forcément de haute lignée. C’est le point commun avec le Grand Cyrus des Scudéry. Les personnages appartiennent tous à la cour d’Henri II et de ce fait sont exceptionnels par leur rang social. On peut comparer cela à la peinture d’histoire, dans laquelle ne sont représentés que les grands (épisodes historiques, mythologiques ou bibliques).

2. Jusqu’au XVIIème siècle, le mot « roman » définit une œuvre dont l’histoire et les personnages sont extraordinaires. Le terme « roman » renvoie à une histoire extraordinaire. 

Le roman s’oppose aux histoires comiques (Histoire comique de Francion de Charles Sorel qui prend des personnages vulgaires dans des situations comiques). Les personnages sont idéalisés. 

3. Les personnages sont exceptionnels comme dans les contes : ils sont parés de qualités extraordinaires, qui les définissent de manière métonymique comme pour la princesse « une beauté parut à la cour ». Le duc est « le mieux fait » de la cour. Les personnages ne sont pas individualisés pour conserver leur caractère exceptionnel hors-norme. Les personnages exceptionnels paradoxalement correspondent à des types. 
Ccl partielle : le roman au XVIIème campe des personnages extraordinaires car le genre romanesque n’a pas une vocation réaliste. Il présente une vision idéalisée du monde.  

II. Cependant le genre romanesque évolue et sort d’un cadre merveilleux (au sens de fantastique). Les personnages, s’ils sont extraordinaires, doivent être crédibles pour correspondre à l’esthétique du naturel dans le classicisme. 

1. La littérature évolue et les lecteurs se lassent d’un cadre spatio-temporel non marqué. C’est pour cette raison que La Fayette opte pour le roman historique. En décrivant la cour d’Henri II, Madame de la Fayette campe des personnages et des situations auquel le lecteur peut croire. 

2. Elle opte également pour une esthétique de la brièveté :  une écriture resserrée et une intrigue aux péripéties limitées. Peu d’action dans la Princesse de Clèves. Dans ce sens, le personnage dans la Princesseressemble davantage au personnage de la nouvelle que du roman. L’action se déroule sur une année de 1558 à 1559, mort du roi. 

3. L’esthétique du naturel, qui réduit l’aspect extraordinaire de l’intrigue, permet à Madame de la Fayette à s’intéresser à l’intériorité du personnage. C’est ainsi que naît le roman psychologique.

Ccl : Le genre romanesque évolue : Madame de la Fayette suit un nouveau but. Le personnage est vraiment exceptionnel par sa psychologie. 

III. Pourquoi le personnage doit-il donc être exceptionnel ? L’acception du terme « exceptionnel », qui semble le plus adéquat à définir le genre romanesque au XVIIème siècle, c’est l’idée d’exemplarité du personnage qui ne ressemble à aucun autre et sur lequel on doive prendre exemple.  

1-L’exemplarité dans la Princesse en fait un roman éducatif pour les jeunes filles, comme le Télémaque de Fénelon ou les lettres de Madame de Sévigné à sa fille. Voir ici le rôle de Madame de Chartres qui enseigne à sa fille à suivre la vertu. Voir également les épisodes racontés par les personnages qui ont une valeur didactique. Des destins d’exception à suivre (la Princesse) ou dont on doive au contraire se défier (Madame de Tournon). 

2-Pour faire rêver le lecteur : Nemours, la Dauphine ou le Vidame font rêver par l’intensité de leur existence : épisode de la lettre qui montre combien de femmes se déchirent pour le Vidame. Nemours qui est prêt à changer par amour pour la Princesse, le destin romanesque de la Dauphine entre Histoire et intrigues de cour. 

3) Le jansénisme de Madame de la Fayette, comme les Pensées de Pascal, colore la littérature. La Princesse de Clèves se doit d’être exceptionnelle pour représenter le comportement adéquat du point de vue religieux, comme le montre le dénouement quand la princesse se retire au couvent. La littérature présente des personnages qui par leur vertu s’oppose au libertinage. Ici il s’agit dans le roman de la princesse, du prince et de madame de Chartres.