La mort de Chloé

À suivre des éléments de correction sur la lecture analytique du chapitre LXVI de l’Écume des jours.

Quel enseignement tirer du dénouement du roman ?

Le dénouement dénoue littéralement les fils de l’intrigue et donne au lecteur un enseignement moral.Colin passe de l’adolescence à l’âge adulte de manière tragique en perdant son épouse. Le malheur le frappe et lui ôte sa joie de vivre le poussant à se laisser mourir.

I. Un cadre spatio-temporel sombre à l’image des sentiments du protagoniste

Assez inouï, l’enterrement se déroule sur une île aux contours brumeux sur laquelle on accède par une simple planche.  Cela plonge le lecteur dans une atmosphère romantique rappelant les brumes des tableaux romantiques de Gaspard Friedrich.
Les lieux, comme d’habitude, reflètent l’état d’esprit du personnage. Du Colin lumineux des premiers chapitres, il ne reste plus rien. Le personnage est l’ombre de lui-même. Ne résonnent plus aux oreilles des personnages les thèmes musicaux de Duke Ellington. Restent les chansons paillardes que chantent les employés municipaux uniquement.Les employés funèbres ne respectent pas la défunte Chloé et usent d’elle comme d’un objet dont on doive se débarrasser.

II. Le sort pathétique des personnages

Tous les personnages quasiment ont été frappés par le malheur. Restent seulement quasi indemnes le couple Isis-Nicolas (ceux qui envisageaient l’existence de la manière la plus irrévérencieuse et légère). Chloé est remisée à l’état de chose dont on se débarrasse. L’enterrement est mené tambour battant par la municipalité, faute d’argent.
Chick, mort, Alise, très certainement arrêtée ou tuée (Vian laisse son sort en suspens). Jean-Sol Partre, qu’elle a assassiné pour libérer Chick de son obsession pour le philosophe. Rien y fait au demeurant, il sera tué par les forces de l’ordre.

III. L’humour noir vianesque face à l’existence : entre tragique et comique.

Le dénouement revisite le topos de l’enterrement de l’héroïne. Cette scène romanesque contraste avec la scène baroque du mariage placée sous le signe du luxe. La religion est vivement critiquée par Vian car à partir du moment où Colin n’a plus d’argent. Il semble que Boris Vian nous invite à porter un regard distancié sur l’existence face au retournement de situation que subit Colin. D’homme le plus heureux du monde, comblé par les bienfaits de l’existence, il sombre dans les profondeurs de cette eau qui l’invite à se noyer. Une forme blanche ressemblant au nénuphar l’attire déjà. Cela sera confirmé par les chapitres suivants dans le dialogue entre le chat et la souris.

 

 

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