Dissertation sur l’alchimie

Correction du sujet de dissertation  : qu’est-ce que l’alchimie poétique dans les Fleurs du Mal ?

En introduction, il fallait définir le terme dont Baudelaire s’empare dans son recueil. Il s’agit de contextualiser le sujet et dire dans l’introduction tout ce qui est nécessaire à la compréhension du sujet et qui ne se trouve pas dans le recueil. Parler notamment dans ce cas de l’alchimie qui naît dans l’Antiquité grecque et égyptienne à travers la secte des premiers alchimistes dont le dieu était la figure d’Hermès-Thot. L’alchimie redécouverte lors de la Renaissance en France se définit comme étant la recherche de la pierre philosophale donnant la vie éternelle et de la transmutation du plomb en or. Comment Baudelaire s’empare-t-il de ce motif culturel pour en faire une pierre angulaire de son œuvre poétique ? Comment enclenche-t-il le processus alchimique ? De quelles matières Baudelaire use-t-il dans son alchimie ?  À quelle fin cette alchimie poétique ?

1. La matière poétique, comme source du processus alchimique dans les Fleurs du Mal

La boue et l’or sont les deux matériaux baudelairiens explicités dans le second épilogue de l’édition de 1867. La boue renvoie tout d’abord à Paris à qui il adresse son épilogue sous la forme d’une prosopopée. Détritus, fange, ou métaphoriquement le mal, la boue est le premier matériau poétique de Baudelaire. L’or, quant à lui, renvoie à la beauté : que ce soit la lumière d’un tableau comme dans les Tableaux parisiens ou le scintillement des yeux dans « le Flambeau vivant » ou ceux des « Bijoux » dans les Épaves. L’or renvoie également à l’imaginaire et à l’idéal, voir à ce titre « Rêve parisien ». 

Les mots, au-delà de ces motifs traditionnels du plomb et de l’or, restent la matière poétique faisant du poète un alchimiste : voir le goût pour les formes littéraires fixes et brèves qui font de chaque mot un élément fondamental en liaison avec les autres pour former le poème. Voir toutes les critiques de l’époque qui saluèrent chez Baudelaire sa capacité à créer de la densité dans sa poésie : Verlaine parle à son sujet de la quintessence de sa poésie dans les Fleurs du Mal.

L’alchimie a besoin d’un langage poétique que le poète trouve dans son idée de synesthésies dans le poème les « Correspondances », préfigurant le mouvement du symbolisme. Le poète avec les synesthésies, les correspondances entre les sens, déchiffre le monde, comme un alchimiste décomposerait les éléments de la matière pour créer de l’or. 

2. L’alchimie poétique, une perpétuelle oscillation entre Spleen et Idéal

L’alchimie dans le recueil, liée au mouvement, est symptomatique de l’éternel balancement du poète entre le Spleen et l’Idéal. Répertorier dans le recueil les éléments qui indiquent l’idée de mouvement dont « Élévation » et « L’Albatros ». 

L’alchimie poétique, si elle repose sur le mouvement, s’incarne également dans la métamorphose, comme le montre « Une Charogne ». Baudelaire transforme un objet laid en œuvre d’art, synonyme de beauté au même titre que la femme aimée.        Voir également « les métamorphoses du vampire » qui repose sur l’idée de la métamorphose inverse, du beau vers le laid, contrairement à « Une Charogne ». Voir également la section « le Vin » qui transforme la réalité en poésie. 

Ces mouvements, quasiment oxymoriques, rattachent l’alchimie à la notion de « réversibilité » et séparent de ce fait la notion de morale de la notion du beau, puisque le poète change coup après coup la boue en or et l’or en fer comme dans « Alchimie de la douleur ». Le poète fait le chemin dans les deux sens, niant la hiérarchie entre l’or et la boue. Renvoie à la provocation morale du poète qui incarne la figure du dandy en France à cette époque. 

3. Quelle finalité Baudelaire donne-t-il au processus alchimiste dans son recueil ? Extraire la beauté du Mal. 

L’alchimie est la métaphore de la création du poète dans son œuvre, de l’action du poète. En effet, Baudelaire place la beauté du côté du côté de l’artifice et non de la nature, est donc une construction dans le recueil (voir « le masque » ou l’éloge du maquillage). Tendance baroque du poète dans son recueil. 

Plus précisément, la matière, élément fondamental pour l’alchimiste, rattache le projet poétique de Baudelaire à celui d’un peintre ou d’un sculpteur qui aurait besoin de matière pour créer. (penser à « la Géante »). Voir également à ce titre l’importance des Phares et des tableaux parisiens ou encore de l’hypotypose dans « Une charogne ».

L’analogie entre Hermès et Satan dans « Au lecteur » lie l’alchimie à la notion de mal dans le recueil. La beauté naît dans le mal, la beauté se lit sur le visage de l’ange déchu. La figure de l’alchimiste est dans la révolte contre les valeurs bourgeoises. Voir à ce titre la critique de l’esthétique de Platon qui lie le vrai, le beau et le bien. Baudelaire dissocie ces éléments, comme un alchimiste sépare les molécules : Quoi ? La morale, l’art et la science sont des disciplines dissociées, comme « la forme et l’essence divine De [ses] amours décomposés » dans « Une Charogne ».

Conclusion : 

L’alchimie poétique dans les FDM résulte du mythe d’Hermès trismégiste qu’il réinvente dans son recueil pour faire de l’alchimie un processus pour sublimer son époque (la ville de Paris, notamment). Le motif de l’alchimie est de manière plus générale la métaphore de sa vision de la beauté : il extraie la beauté du mal, comme un alchimiste.

Ouverture : le mythe de Pygmalion et Galatée dans lequel le sculpteur donne amoureux de la statue faite à partir de la fange. Métaphoriquement il tombe amoureux de l’art.

Ou « Voyelles » de Rimbaud dans l’Album zutique, sonnet dans lequel le poète réalise une œuvre d’art alchimique, tel Baudelaire, à partir de simples voyelles, montrant ainsi le pouvoir d’évocation du langage. 

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