Dissertation sur la beauté baudelairienne

Sujet de dissertation : Baudelaire dans Fusées écrit : « je ne conçois guère un type de beauté où il n’y ait du malheur. » Dans quelle mesure cette affirmation éclaire-t-elle votre lecture des Fleurs du Mal

Dans cette dissertation, de nombreuses introductions étaient possibles. L’important était de présenter le Baudelaire artiste : celui qui est critique d’art. Vous pouviez également commencer en rappelant les débats autour de l’esthétique platonicienne avec laquelle rompt Baudelaire, ne liant plus comme Platon les notions de vrai, de beau et de bien. Présenter également le romantisme de Baudelaire était une possibilité. 

1. Le malheur est une source d’inspiration pour le poète au fondement de sa poésie : la beauté chez Baudelaire repose sur la description sublimée du malheur, qu’il intitule le « spleen ». 

Le poète trouve une nouvelle forme d’expression de la beauté dans son spleen. C’est dans son malheur qu’il puise son inspiration. 

a) L’angoisse et la folie sont le moyen pour Baudelaire d’exprimer une beauté lyrique, toute musicale notamment dans Spleen IV et « la cloche fêlée ». 

b) le sadisme amoureux : l’amour vénéneux qui plonge le poète dans le malheur et dont la quintessence se trouve dans la section « les Fleurs du mal ».

c) Le temps est la source du spleen et de la beauté qu’on lui rattache l’ennui dans « Au lecteur » ou « L’horloge », « Une charogne » ou « Danse macabre ». 

2. Une forme de beauté sans malheur existe bien dans les Fleurs du Mal, mais elle est rattachée à un idéal inaccessible. 

a) La beauté, si elle se rattache dans son versant sombre du spleen (expression de son malheur), éclaire le recueil telle la lumière dans sa réalisation idéale. Mais même dans les pièces les plus solaires comme « Rêve parisien », le malheur se glisse toujours au milieu de la description idyllique du poème. La beauté incarne ainsi l’oxymore du titre de la première section du recueil, « Spleen et Idéal ». 

b) La beauté d’origine divine se retrouve dans la nature. 

Voir les « Correspondances » et « Élévation », qui montrent chez Baudelaire le rapport entre perfection divine et nature. La contemplation de la nature est une forme de religiosité pour Baudelaire. Le poète voit également dans la nature la réalisation d’une forme de beauté picturale, à la manière de peintures de paysages, notamment dans les Tableaux parisiens. 

c) Baudelaire, dans la posture romantique du nostalgique, regrette l’art de l’Antiquité, comme étant la réalisation la plus achevée du beau. Voir « la Beauté » qui marque l’aspect classique et symétrique du beau, « J’aime le souvenir de ces époques nues », et « Lesbos ». 

3. Mais la beauté ne se limite pas à la tension oxymorique entre spleen et idéal. L’originalité des FDM réside dans une définition plurielle de la beauté : divine, antique, spleenétique ou encore satanique.

a) Arrêter la définition de la beauté à l’unique tension entre Spleen et Idéal, ce serait nier son origine dans l’idée de la chute originelle dans le recueil. La beauté, c’est celle de l’ange déchu, marqué par le sceau de la culpabilité. Voir « À une mendiante rousse » notamment. 

b) Paradoxalement, il décrit dans certains poèmes notamment chez la femme une beauté bizarre, loin des canons classiques de la beauté, comme dans « La Géante ». « Le beau est toujours bizarre » : La beauté est pour Baudelaire dans l’imprévu.

c) La beauté, c’est également le « nouveau » (voir « Le voyage »). C’est le poète de la modernité, qui renouvelle le plus au XIXème siècle l’esthétique en poésie. Cette tendance sera encore plus développée dans « le Spleen de Paris », qui prend pour thème la ville de Paris et sa modernité, esquissée dans les « Tableaux parisiens ».