Des Cannibales de Montaigne

L’essentiel au bac sur Montaigne

Éléments introductifs

(1533-1592)

Fin de la Renaissance, guerres de religion entre catholiques et protestants (1572 : massacre de la Saint Barthélémy où sont exécutés les principaux chefs protestants venus à Paris assister au mariage du protestant Henri de Navarre à l’ordre de Catherine de Médicis) et découverte et colonisation du Nouveau Monde en Amérique (problèmes d’intolérance religieuse et de l’Autre en général).
Michel  Eyquem de Montaigne maire de Bordeaux ami de La Boétie (il lui rend hommage dans le livre I des Essais sur l’Amitié). Les Essais sont publiés par sa fille adoptive Marie De Gournay et son ami Pierre Brach. Il se retire à 37 ans dans son château en Dordogne et écrit les Essais dans sa fameuse bibliothèque, symbole de l’humanisme. Les Essais sont constitués de 3 livres subdivisés en chapitres.
La  philosophie de Montaigne, lecteur de Sénèque, pourrait se résumer à cet adage qu’il fait graver sur un médaillon empreint de scepticisme : « Que sais-je? ».
Le scepticisme dans ses manifestations plus modérées et tempéré par un épicurisme éclairé restera l’élément principal de la pensée et de la sagesse accomplie du moraliste Montaigne comme démontré dans les treize essais du Livre III.
« Philosopher, c’est apprendre à mourir. » :  Montaigne entreprend dans les Essais reprend  la tradition augustienne (La cité de Dieu, paru en 413).
Le mot « cannibale » au XVIème siècle se trouve sous la plume de Jean de Léry dans son Voyage au Brésil employait ce terme en expliquant qu’ils employaient cette pratique par vengeance et non par goût déjà.

Questions type bac

Quelle argumentation est mise au service de la pensée de Montaigne dans cet extrait ?
Comment l’autre est-il décrit dans ce texte?
En quoi ce texte s’inscrit-il dans la pensée humaniste ?
Quelle stratégie argumentative Montaigne met-il en place dans cet extrait ?

 

Axes de lectures attendus pour construire votre plan

Nature et Culture

L’extrait utilise de manière habile la comparaison entre la nature et l’artifice en insérant de manière erratique cette citation lyrique sur l’arbousier. Implicitement cette comparaison vise à amoindrir l’importance de la culture sur la nature et de placer en position de force les indiens face aux européens :

« Et le lierre pousse mieux de lui-même. L’arbousier croit plus beau dans les antres isolés,. Et les oiseaux chantent plus suavement sans aucun artifice. Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à décrire le nid du moindre oiselet, son agencement, sa beauté et son utilité, ni même la toile de la chétive araignée. » 

 

Relativisme face à l’ethnocentrisme européen

Description tel un anthropologue avant l’heure des moeurs indiennes. (étudier l’organisation de la description mêlée des indiens et des portugais comme le refera LS)
Question du tragique face aux guerres de religion qui ensanglantent la France, voir ici l’usage de la parenthèse. Montaigne proche d’Henri IV.

Scepticisme : méthode philosophique de remise en cause des idées reçues et des dogmes pour rechercher la vérité. Montaigne montre que l’on ne peut pas se fier à la raison humaine : elle varie selon les individus, se contredit, et ne peut déterminer la loi morale. Il se méfie des jugements universels et catégoriques (cf la doctrine pyrhonienne).
Cet état d’esprit s’incarne dans sa célèbre interrogation : « Que sais-je ? » ( dans« Apologie de Raymond Sebond »).

L’argumentation humaniste

Pensée humaniste qui s’inspire des auteurs latins et grecs. Voir la place de la citation chez Montaigne.
Stratégie argumentative de la conviction.
genre de l’essai : l’essai dont on doit l’invention à Montaigne contient deux principes. Une réflexion et une écriture de soi. »Je propose les fantaisies humaines et miennes, simplement comme humaines fantaisies, et séparément considérées, non comme arrêtées et réglées par l’ordonnance céleste » « (Montaigne, I, LVI). Démarche qu’on peut qualifier d’introspective. « je suis moi-même la matière de mon livre », « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition »Voir la place du « je » dans le texte. 

Le style de Montaigne :  « à sauts et à gambades »

goût par l’addition imprévue, l’antithèse, le raisonnement par analogie.

« Cette farcissure  est un peu hors de mon thème. Je m’égare, mais plutôt par licence que par mégarde . Mes fantaisies se suivent, mais parfois c’est de loin, et se regardent, mais d’une vue oblique. J’ai passé les yeux sur tel dialogue de Platon mi parti d’une fantastique bigarrure, le devant à l’amour, tout le bas à la rhétorique. Ils  ne craignent point ces nuances, étant une merveilleuse grâce à se laisser ainsi rouler au vent, ou à le sembler. Les noms de mes chapitres n’en embrassent pas toujours la matière ; souvent ils la dénotent seulement par quelque marque, comme ces autres titres : l’Andrie, l’Eunuque, ou ces autres noms : Scylla, Cicéron, Torquatus. J’aime l’allure poétique, à sauts et à gambades . C’est un art, comme dit Platon , léger, volage, démoniaque. Il est des ouvrages en Plutarque où il oublie son thème, où le propos de son argument ne se trouve que par incident, tout étouffé en matière étrangère : voyez ses allures au Démon de Socrate. Ô Dieu, que ces gaillardes escapades, que cette variation a de beauté, et plus lors que plus elle retire au nonchalant et fortuit. C’est l’indiligent lecteur qui perd mon sujet, non pas moi ; il s’en trouvera toujours en un coin quelque mot qui ne laisse pas d’être bastant, quoiqu’il soit serré. Je vais au change, indiscrètement et tumultueusement. Mon style et mon esprit vont vagabondant de même. Il faut avoir un peu de folie qui ne veut avoir plus de sottise, disent les préceptes de nos maîtres et encore plus leurs exemples. »

Montaigne, Essais, (III, 9) « De la vanité », 1595

ouvertures :

la controverse de Valladolid
dialogue principalement par lettres entre le dominicain Bartholomé de la Casas et le théologien Sepulveda orchestré par Charles Quint pour édicter des règles de conduite sur la manière de traiter les indiens dans le Nouveau Monde en 1550. Ce débat pose pour la première fois la question des droits de l’homme. 
revoir les points communs en entretien entre le texte de Levi-Strauss et de Montaigne.
Cannibale de Daeninckx, 1998
Ce roman aborde la question des arborigènes exposés tels des animaux au zoo de Vincennes au début du siècle.
Les Tragiques
d’Aubigné, 1615.

Previous post La scène de bal
Next post Le Misanthrope acte I scène 1